J-66

Si on regarde le calendrier, j’ai encore 66 jours à tirer avant d’être enfin libérée de cette vie de brin au profit d’une vie décente et d’un travail utile. Les choses s’arrangent. Qu’est-ce que 66 jours comparés aux 19 mois déjà passés ? Une broutille.

Mais si je regarde en fonction du planning, de mes jours de repos, de congés et l’opération, on en arrive à 21 jours, 1 permanence de jour, 5 de nuit, 1, voire 2 nuits d’hotel et l’affaire est dans le sac. Encore mieux.

Du coup, j’ai commencé à noter dans mon agenda les « trucs importants à faire » : Résilier les abonnements RATP et SNCF. Rien que de l’écrire, ça fait un bien monstre. C’est dingue comme le bonheur peut tenir à peu de choses…

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De l’art de passer pour une victime…

Je déteste les carrés dans les TGV. Faire face à quelqu’un pendant une heure (hors retard quotidien) dans cet espace prévu pour des culs de jatte tant on manque de place pour les jambes m’insupporte au plus haut point. Ces 4 places rendent les gens terriblement agressifs et méchants. Tout est prétexte à engueulade : La tablette du train qui vibre, l’ordinateur portable qui prend trop de places, le sac entre les jambes qui dérange, etc… Peut-être est-ce du au fait qu’à chaque fois que l’on redresse la tête, on a l’impression que notre voisin d’en face nous observe ? Aucune idée. Le fait est que je maudis la SNCF chaque fois qu’on me place dans un carré.

Je m’arrange toujours pour limiter toute interaction avec mes compagnons de route (voire d’infortune. Coucou la énième régularisation de trafic du mois!) et plus encore dans ces places là. Déjà en temps normal, tout le monde ressent le besoin de me raconter sa vie pour la simple raison que je suis polie avec eux. Mais quand on sait qu’ils vont finir par s’écharper et me demander de prendre partie sur qui a pris le plus de place sur la tablette et jusqu’où qui peut étendre ses jambes, je m’applique à être la plus invisible possible.

Sauf aujourd’hui. A cause d’un soubresaut du train, j’ai perdu des mains le bouchon de ma bouteille d’eau. Lorsque j’ai voulu me baisser le rattraper, le gars en face de moi a posé son pied dessus en me regardant droit dans les yeux d’un air menaçant puis a fait rouler le bouchon sur la moquette avec sa chaussure. Dans le genre : « Tu l’as dans le cul, connasse », on ne peut pas faire plus clair.

J’étais bien embêtée avec ma bouteille sans bouchon et rien pour la coincer. J’ai donc essayé de la boire un maximum mais même si je suis une grande buveuse d’eau, arrivée à un demi litre en 10 minutes, ça ne passait plus. Je m’étais donc résignée à passer le reste du trajet à tenir ma bouteille d’eau, comme une idiote et sans pouvoir faire grand chose d’autre.

Je déteste ne rien pouvoir faire dans le train. Mon temps de trajet atteint dangereusement les 5h par jour et ne rien pouvoir faire pendant ce temps me donne vraiment la sensation de perdre ma vie pour un travail inutile. Alors son regard satisfait et ses ricanements m’ont vraiment mise dans une rage folle. C’est là que l’occasion s’est présentée : Il avait posé son téléphone portable sur la tablette et s’amusait à bouger son sac à dos pour me forcer à glisser mes jambes sous mon siège et lui laisser un maximum de place. Un coup de sac un peu trop fort et « Aïe ! » j’ai sursauté en prenant mon air de victime qui souffre et j’ai, oh malheur, lâché ma bouteille qui a fini de se vider sur son téléphone, son pantalon et sa fierté : « Vous pourriez faire attention, monsieur ! Vous lui avez fait mal ! » se sont indignés les 2 autres voyageurs du carré, poussant le type à s’excuser alors que je venais de verser 50cl d’eau sur son téléphone. Eau épongée ensuite par son froc.

Ah ça ! Il avait fière allure en sortant…

Une vie de quartier

Je me suis remise à écrire. Rien de bien folichon, ni de très construit mais je m’y remets tout doucement. Je pensais que je me remettrais d’abord à la photo mais les 4 heures de trajet aidant, c’est finalement l’écriture qui aura bénéficié de mon besoin de m’exprimer.

 

J’avais besoin d’un point de départ et je me suis tournée vers les Sims. J’ai toujours aimé raconter des histoires selon les captures d’écran que je faisais de mon jeu, sorte de réinterprétation absurde et délirante de ma partie mais pour une fois, je prends le sujet dans l’autre sens. Je raconte une histoire puis je me sers de mon jeu pour illustrer le tout.

 

Ai-je vraiment besoin des Sims ? Certaines étapes se raconteront sûrement mieux en images et je ne dessine pas de façon suffisamment régulière pour me tourner vers mon carnet à dessin. Façon détournée de dire que j’ai surtout la flemme ? Euh… Oui. Et puis je voulais des règles, quelque chose pour que ça ne parte pas trop dans tous les sens. Les limites du jeu seront un bon filtre, du moins si on oublie l’existence des fantômes et extra-terrestres : Je veux quelque chose de vraiment… Calme et ordinaire. Une vraie petite vie de quartier.

 

J’ai commencé par sept portraits sur les huit, le tout au présent. C’est la première fois que j’écris quelque chose de cette façon et je galère pas mal. Mais je trouve ça vraiment amusant. J’ai aussi commencé quelques bribes d’histoires, sous forme d’anecdotes ou instants volés, totalement dans le désordre. Je n’ai aucune idée de comment je vais faire pour présenter ça aux autres joueurs : Au fur et à mesure ? Une fois le tout fini ? Vu comment je m’y prends, ça risque surtout de ne jamais être fini…

 

Mais j’ai trouvé un moyen de m’occuper l’esprit, tant dans le train qu’au bureau, où ils me regardent comme une hystérique qui tape des tonnes de textes alors qu’on a un travail pour lequel le clavier est limite superflu.

S’ils savaient que pendant qu’ils se plaignent de l’incompétence de notre chef (en même temps ils n’ont pas tort) je suis en train de décrire une après partie de sexe entre une artiste peintre et son voisin du dessous…

De l’art de se ridiculiser…

« Jayden contempla sa main, tout étonné, avant de la serrer, radieux.

  • Et comment ! Ah ça, tu ne le regretteras pas ! »

C’est à ce moment là que mon métro est arrivé à ma station et qu’il a fallu que j’en sorte. Je déteste arrêter ma lecture en pleine page et pire encore sur la page de gauche. Alors j’ai calculé que le temps de sortir de la station, j’avais le temps de finir une page et demie sans soucis.

J’ai donc continué ma lecture le temps de monter le premier escalator, puis de traverser la station (je le fais tellement souvent que je ne rencontre plus aucun obstacle) et de monter sur le second escalator, toujours plongée dans mon livre.

C’est là que j’ai entendu des rires un peu plus loin. J’ai alors levé les yeux vers le haut et vu 2 techniciens pliés de rire. L’escalator était en panne et ça faisait bien 3 lignes que je lisais, immobile sur ma marche.

« Il doit être rudement bien votre livre, ma petite dame ! »

Oui enfin avec tout ça, je n’ai toujours pas fini ma page…

Falling Skies

Pour passer le temps dans le train, je regarde beaucoup de séries. J’ai commencé avec Falling Skies, les 4 premières saisons. Beaucoup d’épisodes, des extra-terrestres, une histoire facile à suivre… L’idéal pour mon cerveau malmené par l’ennui et la bêtise humaine au boulot. Je voulais attendre ma mutation pour regarder la saison 5 : finir avec ce que j’avais commencé, histoire de fermer la parenthèse parisienne. Malheureusement, sachant que le juteux est bien décidé à me mettre des bâtons dans les roues, je me dis que je si je fais ça, je ne suis pas là de savoir comment va se finir l’histoire de la famille Mason.

Du coup, je prends le problème dans l’autre sens : Je regarde la dernière saison dans l’espoir de provoquer le destin. Et si le fait de finir FS provoquait la fin de « l’aventure » standard ?

Je crois que le désespoir m’envahit et me fait faire n’importe quoi.

Après, il me reste encore la neuvaine de Ste Rita que les chats ont cassé, à allumer.

Oui, c’est ça : le désespoir…

Parce que finalement, j’aime bien faire le point…

… Ou avoir un journal de bord. Comme ça, je me sens un peu comme le capitaine d’un navire perdu en pleine mer.

Donc le point :

– J’ai fait une énorme commande déco de Noël et nouvelle crèche. Tout est arrivé ce matin, je suis toute fofolle !

– Pour mon anniversaire, le chéri de ma mère m’a emmenée à Pairi Daiza. J’ai fait une tonne de photos qu’il faudra que je mette ici. Ce truc est immense ! On a la ferme intention de prendre un abonnement pour l’an prochain. Moins d’1h30 de route, ça nous changera de la maison…

– Les travaux de ma rue se poursuivent. Enfin… Ils se sont arrêtés devant mon immeuble et commencent à la rue suivante. Apparemment, il y a eu une erreur sur le nombre de sorties de garage et les ouvriers ne savent plus trop ce qu’ils doivent faire. Du coup, on a une espèce de champ de bataille en guise de route, de la boue partout dans l’immeuble et une énorme grue garée devant ma chambre. La rue n’est pas là d’être rouverte à la circulation et je m’habitue un peu trop au silence que cela engendre. Le retour à la normale va être difficile !

Et la suite ? Mon hospitalisation a lieu le 3 novembre. C’est dingue comme ça a été compliqué de jongler entre les horaires boulot et ces 3 jours. Autant dire que ça va être chargé :

– Samedi à 18h, je pars à Nanterre pour passer la nuit.

– Dimanche, je travaille de 8h à 20h avec train de retour à 20h56, arrivée à Lille à 22h10.

– Lundi, avant de reprendre le train de 17h13 pour Paris, je dois préparer mes affaires pour la nuit de permanence mais aussi les 3 jours d’hospitalisation car je n’aurai pas le temps de rentrer chez moi.

– Mardi, je saute dans le train de 8h16 pour Lille, arrivée à 9h18 pour sauter dans le métro direction l’hôpital où je vais finalement passer mes 3 jours de récup…

– avant de retourner bosser vendredi de 14h à 20h, bla bla bla, retour à Lille à 22h10.

Comment elle dit la vieille collègue détestable ? Ah oui, que cet automne, je ne vais pas être fatiguée, pour le peu que je travaille…

Heureusement, la semaine suivante (du 9/11 au 15/11) c’est nettement plus cool : Center parc en Normandie avec ma mère, son chéri, un couple d’amis et leur plus jeune fille (moins de 15 ans mais bien plus mature, intelligente et agréable que la fausse petite sœur de 22 ans), suivi d’une semaine vacances relax puis week-end à Tour avant de reprendre le boulot par une semaine pleine.

M’en fiche de la semaine pleine, depuis que je sais pour mon abonnement SNCF, la bêtise de mon environnement professionnel me parait beaucoup plus supportable.

Parce qu’une rencontre avec un contrôleur basque peut tout changer…

Bon, la Première bonne nouvelle, c’est que j’ai eu mon rdv chez l’endocrinologue. Pas aussi aimable que mon généraliste mais bon, je m’en fiche un peu.

La 1ère moins bonne nouvelle, c’est qu’elle souhaite que je me fasse hospitaliser 3 jours pour une batterie d’examens. C’est une bonne chose de tout faire d’un coup, mais la simple idée d’un arrêt de travail pour 3 jours, ça ne m’aide pas pour ma quête d’un nouveau poste. Alors après avoir déprimé sur la route du retour, j’ai décidé de reporter ma migration dans le grand Nord d’au moins un an. Quitte à m’attirer les foudres de collègues tentés de me considérer comme une profiteuse et tire au flan, autant que ce soient mes lemmings désagréables. Aucune intention de m’en faire des amis comme à mon précédent boulot, ma santé est ENFIN plus importante à mes yeux que mon travail… J’ai d’ailleurs reçu un mail super mignon d’un ancien collègue pour mon anniv qui m’encourage dans ce sens.

Ce qui m’inquiétait, c’était l’abonnement SNCF et ses 600€ par mois. Car je ne pouvais pas concevoir de muter en milieu d’année et me retrouver à payer un abonnement hors de prix pour rien pendant plusieurs mois. Ce qui me condamnait donc à repousser la demande de mutation à fin 2016. Déprimant à souhait. Sauf que la 2ème bonne nouvelle est arrivée sous les traits d’un contrôleur SNCF basque déprimé qui n’avait pas envie de rester avec son collègue désagréable et avec qui j’ai grignoté des figues mi-sèches en parlant de nos perspectives professionnelles déprimantes : « Mais ma petite dame, le guichetier vous a entourloupé en vous racontant que la résiliation ne se faisait qu’à la date anniversaire ! A Partir du 13ème mois d’abonnement, vous êtes libre de le résilier à tout moment, sans frais et sans être tenu d’attendre la date anniversaire de l’adhésion. »

Je ne l’ai pas demandé en mariage, mais presque. Je lui ai promis d’aller en vacances dans les campagnes de son pays pour pouvoir ensuite témoigner que non, le pays Basque, ce n’est pas uniquement la côte bling-bling que veut nous faire croire NRJ12 !

Du coup, je me sens légère… Quand j’ai croisé le lemming paranoïaque et qu’il m’a raconté les derniers potins sanglants du bureau et perspectives de suppression des nuits et week-end (les créneaux qui me rendent ce job supportable) je n’ai pas eu le moral miné. Nenni ! M’en fiche, je peux demander une mutation en avril, mai, juin, n’importe ! Une fois remise en état, je cherche assidument à partir.

La bonne nouvelle n°3, c’est que toutes ces bonnes nouvelles ont réveillé en moi la fibre magique et festive : On est mi octobre et j’ai envie de réveiller la magie de Noël dès qu’Halloween est passé ! Contrairement à l’an dernier, j’ai envie d’en faire bouffer à tout le monde jusqu’à l’indigestion. Par contre, il me faut impérativement un excuse pour éviter le réveillon de l’an. Avec un peu de chance, la chargée des plannings me fera bosser le 31. Elle semble prendre un malin plaisir à me filer toutes les permanences foireuses (comme la nuit de mon anniversaire)…