L’art de ressembler à un plot de signalisation dans un manteau tellement grand qu’on ne voyait plus mes mains…

Aujourd’hui, c’était « sortie scolaire ». Les contrôleurs nous ont emmenés, collègue O et moi sur leur terrain. Au revoir le programme foireux qui plante tout le temps, le mug de thé et la chaise de bureau qui descend toute seule, bonjour les chaussures de sécurité, le manteau jeune fluo beaucoup trop grand pour moi (ce qui a fait rire tout le monde) et l’immense parking d’un ancien point frontière.

Ha et lasagnes aussi… En plus elles étaient bonnes.

Sur le coup, je flippais un peu. Rester 7h sur le bord de la route avec 5 gars en liberté (collègue O, les contrôleurs C et A ainsi que 2 gendarmes) à arrêter des camions, sans possibilité de pause pipi, debout dans les courants d’air avec des chaussures de sécurité empruntées à une collègue et un manteau démesuré… Je m’attendais à ce que la journée soit assez longue. Et au final, pas du tout. Bien au contraire, même : C était tout content d’avoir une « stagiaire », A était tout foufou de passer la journée avec moi (on se connaît depuis loin), O était manifestement heureux de sortir du bureau et les gendarmes ont trouvé notre petite troupe tellement sympathique que lorsqu’ils ont croisé 3 gros convois pouvant nous intéresser alors qu’ils étaient partis déjeuner, ils les ont escortés jusqu’à nous. Des gens charmants, soit dit en passant et qui étaient tellement presque en règle qu’on n’a rien dit.

L’après-midi, après une pause lasagnes aux poivrons sur fond de « Comment confectionner un costume pour une soirée extra-terrestre ? », nous avons eu le droit à un convoi improbable qui a collectionné je ne sais combien d’infractions (en plus le gars nous a pris de haut… On était obligé de le recadrer), une semi-remorque biélorusse qui perdait son chargement et un conducteur de voiture pilote très chiant, genre « contrôle débile limite abusif ». Quand il a découvert, alors qu’il faisait son kéké sur le parking, que la seule et unique infraction que l’on retenait au convoi était due à un oubli de sa part, il faisait moins le malin.

Son collègue en revanche, semblait presque reconnaissant.

En bref, excellente journée. Des rencontres sympas, une expérience enrichissante… Mais je crois que j’y ai laissé un orteil et que ma vessie ne me pardonnera jamais un coup pareil.

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Rien de tel qu’un magasin de bricolage pour renouer des liens…

Courant avril, j’étais tombée à la casse auto sur mon cousin J que je n’avais pas revu depuis des années. Au divorce de mes parents il y a 8 ans, il avait bien obéi à sa mère et choisi son camp. Choix qu’elle m’avait aussi demandé de faire et je l’avais froidement envoyée chier. Au final, il ne s’agissait pas de choisir lequel de mes parents je préférais et donc lequel je « gardais » mais de savoir si j’étais avec ou contre la famille de mon père. Le prix à payer pour être des leurs, alors qu’un an plus tôt je m’étais jurée de ne plus les subir étant bien évidemment ma mère.

J’ai répondu que je refusais de choisir un parent plutôt qu’un autre et la famille en a conclu que j’étais contre elle. Merde, si maintenant même les autruches ont des velléités de mafias…

 

Bref. Tout ça pour dire qu’en avril, lorsque J m’a abordé entre ma vitre de portière coincée et un type qui voulait me piquer mes rétroviseurs, non seulement je ne l’avais pas reconnu mais en plus, je me rendais compte que ces retrouvailles m’ennuyaient plus qu’autre chose. Si je ne suis pas de nature rancunière, si je préfère vite tourner la page pour ne pas me faire d’ulcère, me demander de renier ma mère sous peine d’être bannie de la famille ne peut pas se digérer si facilement. Alors quand un cousin qui passait pratiquement toutes ses soirées dans notre salon décide docilement du jour au lendemain de changer de trottoir plutôt que de nous saluer, autant dire que l’ai vite rayé de mon paysage. Je ne pouvais pas lui pardonner un tel affront, je ne voulais pas m’en rendre malade, la solution la plus simple était donc de l’oublier.

Autant dire que c’est lui qui a fait les questions et les réponses, que c’est lui qui a décidé de son propre chef de me parler de sa vie et que je ne lui ai pas raconté la mienne en retour. Ma mère était là, gloussant en silence dans la portière et racontant au mécano que c’était là ma plus belle interprétation de l’huitre mutique.

 

« Bon cette semaine je suis débordé parce que untel blablabla et unetelle blablabla mais il faudrait qu’on se revoit un de ces jours… »

Hum, hum… Que je lui ai répondu. Ce qui, en langage d’huitre mutique veut dire : cause toujours mon con.

 

Les mois ont passé, je n’ai pas eu de nouvelles et c’est très bien comme ça.

 

Ce week-end, brico-dépôt, rayon électricité, je tombe sur P un autre cousin. Oui, mon père est issu d’une famille nombreuse. Casquette vissée sur la tête, pantalon couvert de peinture, liste de courses dans la main, il me regarde et, comme si on s’était quitté la veille me sort en soupirant : « Je me suis encore planté sur le devis alors ça va être charrette. »

Je n’aurais pas du lui faire ses devoirs de maths quand on était gosse.

La dernière fois que j’avais eu de ses nouvelles, c’était par sa mère : « Bon là, je l’ai obligé à travailler chez Décathlon parce qu’il est hors de question qu’il reste à la maison sans travailler mais avec ses études, il trouvera un vrai travail. C’est très pointu ce qu’il a étudié tu sais, bien au delà de tes compétences… » (Les devoirs de maths, tante gourdasse… Les devoirs de maths…)

L’exemple type du parent qui fusille la carrière de son enfant avant même qu’elle ne commence en le poussant à faire des petits boulots alors qu’il n’est pas encore prêt pour le monde du travail. Bref.

 

Aujourd’hui, il vit en coloc pas très loin de chez moi (j’ignorais qu’il connaissait mon adresse) et faute d’avoir trouvé un « vrai travail » comme le dit si bien notre Chantal Goya familiale, paie sa part de loyer en faisant des travaux d’électricité. Et quand j’ai su ça, j’étais aux anges. Non pas parce qu’il n’a pas atteint les objectifs qu’il s’était fixé, qu’il n’a pas de logement à lui ni de boulot fixe, non, bien sûre que non. Mais quand il me racontait sa vie, il rayonnait. Il était là, bien dans ses baskets à me raconter qu’il alternait chantiers en ville l’hiver et chantiers sur la côte l’été pour profiter de la plage, qu’il habitait un bon quartier (sérieux le parc public dans sa rue !!!) et que franchement, bosser l’électricité lui plait vraiment… J’ai retrouvé le regard pétillant du garçon qui tentait avec moi de traverser la Manche en baignoire à voile, qui faisait avec moi de la luge sur la descente à bateau, qui m’engueulait parce que je n’avais pas su le dissuader de ne pas sauter du haut de la cage à poules, lui valant un bras cassé…

Et je me suis dit que sa mère devait être furieuse que son fils n’ai pas la carte de visite qui va bien, qu’il n’ai pas atteint les hautes sphères qu’elle nous avait prédit (en même temps, nous n’avons pas le bagage génétique pour ça) mais quelle importance ? Il est visiblement heureux !

 

Alors quand il m’a demandé mon numéro de téléphone, je n’ai pas fait comme avec cousin J et tante A : J’ai donné les numéro dans l’ordre et sans me faire prier…