Avec le Voilier bleu, le village a perdu sa dernière note de fantaisie…

Dimanche, je suis allée faire un tour dans le village de mon enfance. Enfin disons qu’on m’a envoyée chercher des vis dans une boutique fermée, que j’ai du coup tenté le coup un peu plus loin dans une autre qui n’avait rien en stock pour finir dans le supermarché aux caissières mal-aimables (le « beau-père » fini toujours par se prendre de tête avec elles) beaucoup plus loin dans le village voisin.

J’en ai du coup profité pour passer dans des rues que je ne visite jamais. Surtout que je venais de découvrir que Le voilier bleu, la boutique de jouets et cadeaux souvenirs affreux de mon enfance (ainsi que de celle de ma mère) avait définitivement fermé alors j’avais besoin de me changer les idées. Tout le monde autour de moi sait à quel point les maisons abandonnées me dépriment. Chaque fois que j’en vois une, j’ai envie de lui faire un gros câlin, de lui dire que les choses vont s’arranger. Chaque fois, j’ai envie d’épouser une très vieux politicien véreux presque mort ou presque en taule pour dépenser tout son argent détourné en achats et rénovations de vieilles maisons.

Mauvaise idée. Très mauvaise idée, cette balade…

Rue Louis Gallet, je tombe sur une première maison aux volets fermés depuis longtemps et dont le jardin de l’entrée sert visiblement de décharge sauvage aux voisins.

Rue Georges Pompidou, c’est pire ! Je me retrouve nez à nez avec feu l’hôtel Carlton abandonné depuis tellement longtemps que l’étrange vieille madame qui va nager dans la mer tout l’hiver (avec une combi ! Quand même…) ne se souvient pas de l’avoir vu ouvert. En face, une maison a été rasée, ne laissant plus qu’un terrain désolé couvert d’herbe à vache.

Un peu plus loin dans la même rue, la maison de cette famille chelou dont un des fils était dans ma classe en primaire, volets branlants et parpaings à nu me fait toujours autant flipper.

Au passage à niveau, l’ancienne maison de garde-barrière montre de sérieux signe de faiblesse face à l’humidité. Même la notre n’a jamais été dans un état si critique lorsque l’arbre avait poussé dans la toiture.

Une fois passée dans le village voisin, je me dis que les choses vont mieux se passer. Un des « plus grands village de France », un des plus importants et plus prospères qu’on m’a raconté… Des clous, oui ! Rien que dans l’entrée de la rue de la gare, je tombe sur 3 maisons quasi à l’abandon.

Je me retrouve alors avec 2 possibilités : La route ordinaire ou le petit chemin en pente où je me suis pété une épaule en y faisant de la luge un jour de verglas. J’ai percuté de plein fouet la barrière en bas, fait un joli salto avant et fini sur le capot d’un pick-up. J’adore les pick-up !

Passons.

De mon carrefour, la première chose que je vois de la grande route, c’est le QG des chats errants : Un bâtiment muré, ancien fournisseur de tissus d’ameublement et autres papiers peints. Alors je prends direction le petit chemin pour découvrir 2 maisons à vendre depuis tellement longtemps que la végétations les cachent complètement et débordent sur les trottoirs. Dans le jardin de l’une d’elles, on voit même les restes des travaux de plomberie et les gravats de l’ancienne terrasse. Pas là d’être vendue.

Je descends jusqu’à la maison du prof de latin pour découvrir que si l’intérieur de la véranda semble relativement sain, le jardin est visiblement en friche. On ne voit même plus les superbes rosiers qui me faisaient rêver. La maison d’à côté ressemble à la décharge d’un installateur de salles de bain mais d’aussi loin que je me souvienne, ça a toujours été le cas.

Autant dire qu’une fois sortie du supermarché (après que la caissière ai fait passer 3 de ses amis devant moi) j’ai fait au plus court en regardant les trottoirs défoncés : Chemin, gare et rue (avec cette grande villa en indivision aux 2 tiers abandonnée) qui descend directement jusqu’à chez moi. Tout ça pour qu’on m’annonce que finalement, on n’avait pas besoin de ces vis…

Cette balade m’a travaillé toute la semaine.

Je n’ai pas un très bon souvenir de ma vie là-bas. Le paysage est magnifique, le climat plutôt doux, l’architecture intéressante quand elle n’est pas abandonnée mais ma mentalité est totalement incompatible à celle des autochtones. Durant des années je n’y ai plus mis un pied. Jusqu’à ce jour où il a fallu sauver un chat enfermé depuis 3 jours dans ma chambre d’enfant et qui hurlait à la mort sur l’appui de fenêtre.

Les années ont passé, le chat fait du gras, nous avons fait de gros travaux dans la maison et je commence enfin, au bout de 30 ans, à me sentir chez moi dans cette étrange bicoque en pierre. Avec le temps, j’ai appris à ignorer ostensiblement les gens autour et n’en reconnais de toute façon plus beaucoup. Je reprends plaisir à traîner à la plage… En bref, les week-ends ne sont plus un calvaire.

Seulement cette ville à moitié à l’abandon me déprime quand-même pas mal. Mais que faire ? Je ne peux bien évidemment pas acheter toutes ces ruines. Nous avons déjà assez de mal à entretenir la notre (qui n’a vraiment plus à avoir honte, comparée aux autres) dont les portes et fenêtres réclament leur départ en retraite. Mais je veux redonner le sourire à ces rues. J’ai donc besoin de quelque chose de ludique et pas trop cher. Surtout que je doute fort que les riverains apprécient une telle campagne.

Mon premier choix s’était porté sur des petits mots doux accrochés ici et là sur les arbres qui débordent sur les trottoirs, des poteaux, etc… Mais nous sommes en automne et j’ai peur que les cartons ne vivent pas longtemps.

Et puis j’ai repensé à l’opération désherbage du jardin. Il est, comme tout le village, envahi de chiendent. Une catastrophe. Rien ne pousse dans ce jardin à part mes vieux lilas, un figuier venu de je ne sais où et quantité de chiendent. Pas de pelouse, pas de pâturin, rien de tout ça, non. Juste du chiendent. Pour traîner à pieds nus, c’est juste l’horreur.

Lors des séances d’arrachage de ce sale petit fumier de chiendent, je ramasse tous les petits cailloux que je croise pour les mettre aux pieds des lilas et tenter de limiter la pousse de mauvaises herbes.

Mais… Et si je gardais plutôt ces cailloux pour les peindre de couleurs flashy et les disperser dans les rues ? De petites notes de couleurs aux pieds des ruines…

Je pense que j’ai trouvé mon activité manuelle de cet hiver.

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Balade à St Joseph ou la rencontre entre la mégalomanie, la nostalgie et la poussière…

Mardi dernier, je suis allée faire un tour à St-Joseph. C’est une sorte (je dis bien sorte) de village figé dans le temps. Le truc, c’est qu’on ne sait pas quand il a été réellement figé. 1900 ? 1930 ? 1960 ? Déjà la brochure ne le sait pas elle-même. Et quand on tombe sur une affiche de 1976 avant de tomber sur une « invention du fondateur » datant des années 90, là on commence sérieusement à se demander ce qui se passe.

Le truc, c’est que ce « village » a été créé par Monsieur Megalo himself, Daniel Baclez. Et on y va : Daniel Baclez a fait ceci… Daniel Baclez a fait cela… Le chemin de croix (très kitsch) de Daniel Baclez… Daniel Baclez a rencontré untel… Cette oeuvre géniale qui a remporté un prix a été inventée par Daniel Baclez… Et si vous avez fermé les yeux sur toutes les étiquettes explicatives, les photos, etc… En sortant du village, vous passerez devant : l’atelier de Daniel Baclez.

C’est bon Danny, on sait que tu es là ! J’ai d’ailleurs eu beaucoup de difficultés à ne pas aller le voir pour prendre des nouvelles de son melon et de ses chevilles alors qu’il était là au bout de son chemin de croix, à tapoter ses petites brochures devant l’affiche : « Le chemin de ma vie » autobiographie de… Je vous le donne en mille : Daniel Baclez.

Une telle mégalomanie, ça force au respect cela dit…

Après, une fois passé sur la poussière environnante, le manque flagrant d’entretien (en dehors des espaces verts impeccables) ou de logique historique (on a Baclez son travail de recherches ? Oui, j’ai honte), l’omniprésence du « fondateur » (gloâre à lui)… La promenade reste très agréable : des points d’eau, de la végétation à foison, des petits ponts pour aller ici ou là, des énigmes pour les enfants auxquelles les adultes se prennent au jeu… Et un estaminet très agréable.

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C’est à mon tour d’être nostalgique de leur jus de pomme.