De quoi avoir le sourire banane !

Le vendredi, le Juteux aime bien me gâcher le week-end. Alors une de ses grandes manies, c’est de débarquer à 16h25 dans le bureau et de m’annoncer : « je vous verrai dans mon bureau la semaine prochaine » juste avant de partir lui, en week-end. Et généralement, il me laisse mariner toute la semaine pour me recevoir… Le vendredi. Il me l’a fait pour me rappeler que notre chef était Dieu sur Terre pour moi et que je lui devais une reconnaissance éternelle, pour m’annoncer qu’il ferait tout pour bloquer ma mutation, que rien ne me garantissait que je trouverai un jour un poste dans ma région… Une fois il a varié les plaisirs en envoyant un mail à 16h25 un jeudi… Normal : Il avait posé congés le vendredi.

Ça doit l’exciter de savoir que quelqu’un rumine/pleure/vomi tout le week-end à cause de lui. Ça doit lui donner une certaine sensation de pouvoir, de ne pas avoir raté sa vie. Mon pauvre… Tu es tellement aigri et ça se voit tellement dans tes yeux niais qu’il est évident que si : tu as raté ta vie. Alors branle-toi en regardant des femmes pleurer si c’est ça qui te fait bander mais n’espère aucune larme de moi.

Bref, ce passage du vendredi est toujours de mauvais augure et vendredi dernier, 16h25, rebelote : « Je vous verrez jeudi après-midi dans mon bureau ».

Mais cette fois-ci, j’ai décidé de ne pas m’en inquiéter. Au stade actuel, que peut-il me faire ? Me dire tout le mal qu’il pense de moi ? Je n’ai pas à écouter ce genre de chose et j’avais pris la ferme intention, si tel était le cas, de quitter son bureau sans dire un mot. A la rigueur un petit doigt d’honneur… Et encore ! Seulement si j’avais le temps de me mettre une couche de vernis. S’il prévoyait de me faire son numéro comme le mois dernier du « je ne suis pas un monstre, c’est vous qui diabolisez tout ce que je fais ou dis alors culpabilisez !», je comptais lui répondre dans un grand soupir un truc du genre : « Mais qu’est-ce qu’on en a à foutre ? Dans 2 mois j’aurais oublié jusqu’à votre nom. »

Un entretien chaleureux en préparation, en somme…

Ce matin, 11h25, le voilà qui débarque avec son éternelle mine épuisée. Épuisé de se balader en fanfaronnant avec son adjointe ? De picoler dans la salle de réunion ? De ne pas assurer ses fonctions et de nous reprocher de ne pas le faire à sa place ? Aucune idée. Et honnêtement, je m’en fiche pas mal. Il me salue avec sa posture « tu es une bête sauvage et je sens que tu veux me sauter à la gorge pour me l’arracher à coups de dents » (pas totalement faux, soit dit en passant) puis part saluer plus chaudement mes vieilles collègues qu’il devait recevoir dans son bureau aujourd’hui : « On fera ça la semaine prochaine, là je rentre chez moi je suis en arrêt cette semaine et on m’a bien dit de rentrer tout de suite… »

Hein ? Quoi ? Toute la semaine ? Genre… Jeudi aussi ?! Donc pas de tête à tête douteux dans son bureau surchauffé ?

Je n’ai pas moufté. Du tout. J’ai laissé passer l’annonce en douceur dans ma petite tête, tenté avec succès je pense de cacher mon sourire soulagé et me suis concentré à fond sur l’appel que je recevais, trop absorbée par les propos d’une grognasse qui me menaçait de vendre des défenses d’éléphants au marché noir si jamais le ministère ne se magnait pas le cul pour faire attention à ce qu’il racontait.

Il est parti et basta.

Je ne le verrai pas de la semaine et basta.

Sur le coup, c’est tout ce que j’ai assimilé. C’était largement suffisant pour mon bonheur. J’ai même envoyé un sms à ma mère pour le lui annoncer, elle qui était prête à zapper sa 2ème semaine de vacances pour roder près de moi telle une hyène affamée, prête à lui broyer les couilles s’il faisait de la peine à son bébé…

Finalement, sa façon de me considérer comme une bête sauvage (et blessée donc encore plus dangereuse) ce n’est peut-être pas si idiot.

Mais c’est à 17h, une fois rentrée chez moi que j’ai pris pleinement conscience de la situation : Il est donc en arrêt jusque lundi 19 et moi en congés du samedi 17 à début octobre, jour de ma mutation. Donc à moins d’un sacré coup de pute du destin, ce matin à 11h25, c’était la DERNIÈRE fois que je voyais cet homme, la dernière fois que je souffrais de sa présence… Je ne reverrai plus JAMAIS cet être abject. C’est fini. J’ai encore 2 jours au bureau, une nuit de permanence dans le studio qui pue, je suis en vacances dans 5 jours mais ÇA Y EST ! Le Juteux est enfin de l’histoire ancienne.

C’est de loin le plus beau cadeau de départ qu’il pouvait me faire, cet espèce de gros connard d’enfoiré de sa mère la pute en short de peau de chèvre galeuse.

Et putain que c’est bon !

Publicités

J-66

Si on regarde le calendrier, j’ai encore 66 jours à tirer avant d’être enfin libérée de cette vie de brin au profit d’une vie décente et d’un travail utile. Les choses s’arrangent. Qu’est-ce que 66 jours comparés aux 19 mois déjà passés ? Une broutille.

Mais si je regarde en fonction du planning, de mes jours de repos, de congés et l’opération, on en arrive à 21 jours, 1 permanence de jour, 5 de nuit, 1, voire 2 nuits d’hotel et l’affaire est dans le sac. Encore mieux.

Du coup, j’ai commencé à noter dans mon agenda les « trucs importants à faire » : Résilier les abonnements RATP et SNCF. Rien que de l’écrire, ça fait un bien monstre. C’est dingue comme le bonheur peut tenir à peu de choses…

Des nouvelles du front

Bon alors comme toujours, je n’ai aucune trace écrite. Ça reste de l’info verbale et vu comment s’était passé mon humiliant recrutement, je ne peux pas m’empêcher de me méfier de cette administration. Enfin bon.

Entre Lille qui cherche à me récupérer au plus vite et Paris à me retenir aussi longtemps que possible, j’ai reçu tout à l’heure un appel de la responsable de la gestion du personnel : « Une mutation au 1er octobre, ça vous va ? »

Quelle question ! Une mutation en 2016, évidemment que ça me va, surtout vue l’animosité chaque jour grandissante du Juteux à mon égard. Et puis j’ai pas mal de congés encore à prendre, des RTT et même quelques jours de récup. Ajoutons la réfection de mon utérus et de mes ovaires (autant être en arrêt quand je suis encore à Paris et inutile) ce qui devrait rendre ces 3 mois bien plus courts.

Après l’appel étrangement, le Juteux est passé 3 fois de suite. Le regard torve et le teint blême, il devait être rudement assoiffé car chaque fois, il est allé se planquer au niveau de la fontaine à eau. Pour les collègues qui étaient là, il est évident qu’il cherchait à surprendre une conversation compromettante. Manque de bol, la première fois, on parlait lunettes et mutuelles, les deux autres, on parlait jardinage. Si bien qu’on a continué notre discussion sans même s’interrompre, préférant l’ignorer ostensiblement. Pourtant les occasions de nous surprendre parlant de sa bêtise, de ma prochaine mutation, de ses méthodes pour nous monter les uns contre les autres ou encore de la dégradation de nos conditions de travail depuis son arrivée.

C’est dingue comme les langues se délient quand on est peu nombreux et qu’il fait beau…

Enfin croisons les doigts pour que les choses se déroulent bien !

Joie, oui mais…

Pendant mon arrêt de travail, j’ai écrit un long mail sur ma situation et mon ressenti que j’ai envoyé aux syndicats qui l’ont transféré au service social. Je l’ai aussi envoyé à l’un des membres de la CAP qui devrait normalement devenir aussi mon collègue de travail.
La CAP a eu lieu le 27 après-midi. A 22h, je recevais un sms pour m’annoncer que ça y est, c’est bon, j’ai ma mutation pour au plus tard le 1er septembre.
Autant dire que j’étais sur un petit nuage.
Le lendemain, les syndicats m’envoient un mail pour me prévenir que le service social va me convoquer pour accélérer la dite mutation. Je m’y rends mais c’est la douche froide : « Ah oui mais Lille peut dire ce qu’elle veut, ici on est à Paris : si Paris dit non, c’est non ! On ne déshabille pas comme ça l’Administration Centrale. On verra si on peut vous faire partir au mieux en janvier… Vous aurez rendez-vous avec le médecin la semaine prochaine pour voir si votre état nécessite vraiment cette mesure. »
Charmant. Et puis le fait qu’elle appelle mon chef toxique par son prénom (qui ne m’adresse plus la parole depuis mon retour) ne me dit rien qui vaille… Je renvois donc dans la foulée un sms à Lille expliquant le « si la sacro-sainte AC dit non… » qui me répond un ferme et définitif « FAUX ! »

Je m’attends donc à ce que Paris exige un report pendant que Lille exige un avancement. Ca promet du bon gros cafouillage.

De mon côté, j’ai bien l’intention de forcer le coup, de plomber un bon coup le chefaillon (faut penser aux collègues), de sortir la futur opération (rendez-vous demain avec le chirurgien), le traitement médical… Ca me fait un peu honte, mais j’ai vraiment moyennement apprécié cette briseuse d’ambiance d’assistante sociale.

Pendant ce temps, ils l’ont, leur putain de retour sur investissement…

Plus les jours passent et plus je développe une aversion pour ma situation professionnelle actuelle. Je la trouve nocive, toxique et j’ai peur qu’elle ne contamine ma vie personnelle. Je sais bien que c’est idiot. J’ai l’avantage d’avoir un travail qui ne peut pas sortir du bureau et tellement bête qu’il ne nécessite ni formation ou révision. Une fois hors du bureau, c’est comme s’il n’existait pas. Enfin, en théorie. Il n’y a pas un jour sans qu’il ne vienne me pourrir l’esprit. Pas une nuit sans que je rêve de ruer dans les brancards de ces imbéciles belliqueux imbus de leur personne. Alors je m’applique à construire un mur entre le travail et le reste. J’en fais une espèce de parenthèse, un purgatoire vers un avenir meilleur dont je ne devrai surtout rien garder ensuite. Pas la moindre trace, document, souvenir qui pourrait ternir ma vie plus qu’il ne le fait déjà.

 

Je ne porte donc jamais mes baskets rouges et zébrées au bureau. J’ai 2 sacs à main, un pour aller au travail, un autre pour le reste du temps tout comme j’ai 2 agendas. Je ne me lie pas avec mes collègues (à part les 2 anti-Paris) et ne m’intéresse pas à leur vie. J’ai 5 chemisiers identiques pour aller travailler et ne cherche jamais à faire dans l’originalité… Je me rends bien compte que toutes ces restrictions accentuent ce mal-être mais je préfère l’ennui professionnel à la contamination générale.

 

Je crois bien qu’il est là, le « cancer psychologique » que cherche mon médecin…

Quand on est thon, c’est pour la vie entière…

Mi-janvier, j’ai envoyé un mail au Juteux (Monsieur P. Ça y est, il a un surnom, c’est mauvais signe pour lui) : « Bonjour, serait-il possible de poser en congés les 2 dernières semaines d’avril ? »

On a un logiciel pour gérer nos congés, mais mÔssieu préfère qu’on le remplisse après-coup pour éviter de revenir dessus toutes les 5 minutes si on change d’avis. En réalité, c’est surtout que 1, il ne sait pas s’en servir et 2, s’il refuse nos congés, il n’y aura pas de trace sur le programme.

Au bout d’une semaine, faute de réponse de sa part, je profite qu’il passe dans le bureau pour lui demander s’il a bien reçu mon mail et si c’est ok ou non. Il me répond évasivement qu’il doit regarder le planning (pas encore réalisé) et attendre de voir si personne d’autre veut prendre la même période. Je n’ai pas vraiment réagi sur le coup. Je me suis juste dit que le pauvre type était vraiment à la ramasse, débordé d’un rien et que c’était bien la peine de nous tanner à coups de « posez vite vos congés » si c’est pour traîner à répondre.

C’est N qui m’a mis la puce à l’oreille : « Si personne d’autre ne veut les mêmes congés, ça veut dire quoi ? Que tous les autres, nous sommes prioritaires sur toi ? » Et effectivement ça m’a fait tilt. Depuis l’affaire du « retour sur investissement », non seulement il a pris un malin plaisir à remuer le Carambar dans la carie mais en plus sa façon de me traiter a radicalement changé. Je ne sais pas trop comment décrire ça. Ce n’est pas une haine franche et à peine masquée comme avec V à cause de qui il a dû « baisser son binouze » devant les chefs (alors que s’il avait été moins con, il serait passé pour un manager humain et responsable), c’est plus silencieux, plus discret. C’est un peu comme si j’avais perdu mon statut d’être humain. Il me regarde et m’approche comme si j’étais un animal blessé aux actes imprévisibles, se méfie de ma moindre parole… Il s’attend tellement à ce que je me rebiffe que finalement, mon calme lui fait perdre pied.

Mon entretien pro cet après-midi risque d’être terriblement long.

 

 

Quelques plus tard…

Mon entretien est passé. 1H inutile où le juteux m’a fait plus ou moins comprendre que si je posais une autre demande de mobilité avant janvier 2017, il me ferait vivre un enfer. Puis l’entretien fini, il est revenu dans notre open space pour m’encourager à « reprendre mon souffle, car j’avais les oreilles rouges ».

Quant à l’impression d’avoir perdu mon statut d’humain, en effet, c’est tout à fait ça : Je n’étais qu’une stagiaire. Les stagiaires, ça n’a aucun droit, aucun statut, ça a à peine le droit d’exister. Enfin s’il ne m’a pas dit 15 fois que le jour de mon recrutement, on m’a fait une fleur parce que personne ne voulait de moi… Réduire à néant l’estime de soi de ses subalterne, vous dites ?

Comme quoi un con ne peut pas s’improviser manager…