Monologue by Dodue

Je ne suis pas quelqu’un de particulièrement sociable. Ma mère vous dirait que « mais si allons… » mais ses exemples s’arrêteront à mes 9/10 ans. Là, j’ai compris que si je ne me ressaisissais pas TOUT DE SUITE, je risquais d’attraper au collège une maladie très grave et qui laisse de très lourdes séquelles : l’adolescence. Beaucoup trop fort pour moi. Dans un sens, j’ai été lâche : j’ai préféré abandonner avant même d’essayer. C’était ma première crise existentielle.
J’en fait beaucoup. Je dois être la fille spirituelle des personnages joués par Woody Allen. Et à chaque crise existentielle, j’achète des chaussures flashy. Fille spirituelle des personnages joués par Woody Allen ET d’Imelda Marcos.
Je digresse. Ca aussi je le fais beaucoup. Je tiens ça du vieux prof de tennis de mon village…
Dès lors, mes rares camarades de classe ont laissé place aux livres, mes révoltes face aux injustices dont j’étais victime pour la simple raison que j’étais une étrangère (même nationalité mais née d’une mère extérieure au village et dans le département voisin, voyez le genre) se sont muées en un mutisme ostentatoire et j’ai commencé à longer les murs. Rien qui n’engage aux relations sociales. Ajoutez à ça mes goûts de chiottes en musique et vous avez le combo…
Le lycée a apporté l’autodestruction (c’est long mais vous avez 100% de chances de réussir), les études par correspondance a apporté l’isolement, puis il y a eu la 2nde crise existentielle et le coffre d’une Suzuki Swift : J’ai découvert le jour de mes 21 ans que ma vie ENTIERE tenait dans ce coffre, chaussures et ordinateur compris. C’est lorsque la dite Suzuki a mis 150km entre ma vie et ma solitude que les choses ont commencé à devenir plus intéressante…
Pourquoi je vous parle de ça, déjà ? Ah oui ! La grande période de ma vie sociale. Ou plutôt mon semblant de vie sociale sur le net…
Je n’ai jamais été sites de rencontre, etc… Trouver l’amour n’a jamais été mon objectif. Je pense même n’avoir jamais été vraiment amoureuse. Un béguin tout au plus. Mais je digresse encore. Loin de mes fréquentations scolaires et de tous mes repères, je ne pouvais dignement pas rester enfermée dans ma chambre de 9m² jusqu’à la fin de mes jours comme une Hikikomori : Je ne suis pas dans le bon pays. Et puis 9m², sérieux, on en a vite fait le tour. Alors j’ai investi dans un appareil photo numérique, une carte de ma ville et j’ai commencé à me balader. L’appareil photo est le meilleur ami du promeneur : Il est toujours d’accord pour aller là où vous voulez aller, il ne se plaint pas qu’il a mal aux pieds, faim, froid, que c’est moche, qu’il va rater le début d’Un cas pour deux, non. Au pire, il tombe à plat de batterie et là encore, en désactivant le flash on s’assure encore quelques mètres de promenade. Et puis c’est comme un chien, on se sent moins idiot à trainer seul dehors : on promène le chien ou on fait du tourisme artistique. Dans mon propre quartier ? Oui et alors ? Il est très… beau ce quartier (faut le dire vite)
Une fois des tonnes et des tonnes de photos stockées dans mon ordi et les anecdotes de promenades associées dans un fichier, il a fallu que je me trouve quelque chose pour le partager. Ca doit être un reste de mon éducation, je ne sais pas mais on doit toujours faire « quelque chose d’utile ». Et si ces photos restaient au fin fond de leur dossier, alors je ne faisais rien d’utile. Ouvrir un blog me titillait déjà un peu, par pure curiosité. Mon amie Céline m’avait demandé comment réparer un bug sur le sien mais comme je n’en avais jamais eu, j’étais bien en peine. C’était la parfaite excuse : me créer un blog pour le casser comme elle et trouver comment le réparer. C’est comme ça que j’ai commencé à faire des rencontres loufoques dont quelques unes, rares, qui font désormais partie intégrante de ma vie. C’était mon premier pas vers une vie plus ouverte aux autres. Une autre mentalité que les communautés actuelles, l’essuyage de plâtre créant une certaine intimité qui n’a plus de raison d’être.
Les années ont passé et de mauvaises rencontres professionnelles m’ont poussées sous la menace à fermer ce blog. Une fois le calme revenu, j’ai bien essayé d’en rouvrir un mais la magie n’y était plus.
Alors pourquoi 6 ans (je crois) plus tard je me décide à me relancer dans le bain ? Parce que mon travail actuel m’ennuie à mourir, parce que j’ai toujours mon appareil photo dans mon sac, parce que j’ai envie de la jouer nombriliste et que c’est toujours mieux que de faire des dessous de plat en rotin pour tromper l’ennui.

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