Journal d’une anthropologue autodidacte (et surtout improvisée)

Chaque année, ma mère doit se rendre à une formation, généralement obligatoire et inutile, durant laquelle elle doit cohabiter avec ses « semblables ». Elle y fait donc le pitre, réclame des pauses clopes et sert de confidente aux « grands pontes » de la boîte. Bref. Elle se fait chier.

Mais c’est du coup l’occasion pour un petit rituel : je vais la chercher à l’école en sortant du bureau.

Hier donc, j’attendais patiemment devant le bâtiment. J’ai joué un peu à Pokémon Go (j’ai choppé une arène!!!), gloussé en constatant qu’en recyclant un vieil hotel particulier en bureaux, ils avaient coupé en deux la hauteur des étages pile au milieu des fenêtres, ce qui est fort esthétique et j’ai fait une étrange rencontre.

On dit toujours qu’il ne faut pas parler aux inconnus. Qu’il faut se méfier d’une personne avançant vers toi. Moi, quand quelqu’un me dit bonjour, je lui réponds. Sauf les nanas des sondages à qui je réponds que je suis étrangère (vilaine menteuse) parce que faire le pied de grue à répondre si je suis « plus ou moins d’accord avec cette affirmation », ça me gonfle à mort. Donner une réponse franche, d’accord. Répondre des ni-oui-ni-non, la barbe !

Et puis j’aime jouer les anthropologues citadins. Découvrir de nouvelles espèces, les étudier, tenter de comprendre leurs us et coutumes. Découvrir le lemming en chaussure à pointes (le cadre dit dynamique) et son habitat naturel (le RER A) a été une véritable épreuve, mais la science avant tout !

S’est donc approché de moi un étrange spécimen inconnu : menu, cheveux longs, parlant une langue que je n’ai pas pu identifier tant j’étais obnubilé par ses griffes d’un fort artificiel violet pailleté. La créature me montre alors son petit, sa prise de chasse, une icône religieuse peut-être -qui sait- que j’identifie comme étant un smartphone en poussant une sorte de petit cri plaintif : « hhhheu… hhheu… » Puis elle me montre ce que je prends d’abord pour une blessure mais qui se révèle juste être l’encoche pour ouvrir l’appareil.

Je la regarde faire sans trop comprendre, elle me tend encore un peu plus son Précieux en continuant ses gémissements jusqu’à ce que je capte le problème.

Sans vouloir me vanter, j’ai de très beaux ongles : Longs, solides, taillés en pointe. Ce n’est certes pas à la mode mais cette rencontre m’a confortée dans mon choix d’être hors norme (bien grand mot pour 10 si petites choses…) : Ongle + faux ongle (prothèse ongulaire en gel, qu’on dit, il paraît. Je ne sais même pas si ongulaire est un vrai mot) + vernis pailleté + coupe en carré = pâté plastique trop gros pour se glisser dans la fente.

La pauvre petite créature d’1m50 talons compris, était totalement incapable d’ouvrir son téléphone pour changer la carte Sim tant ses doigts s’apparentaient à des chipolatas que l’on aurait habillées de bouchons de stylos Bic. Pour la dextérité, on repassera.

Comme quoi on est bien peu de chose…

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30 ans plus tard…

J’avais commencé un article pour résumer les mois d’avril/mai. Seulement il devenait tellement long que je vais devoir m’y reprendre en plusieurs fois. Et puis je vais essayer de trouver un moyen de me discipliner pour venir plus régulièrement…

Avril donc, je suis allée au Danemark. Ca ne faisait que 30 ans qu’une amie de ma mère réclamait qu’on vienne visiter son pays… On était dans les temps.

Pays où la vie est chère… Mais elle le vaut bien. Des gens qui vouent un culte à la vie en pantalon de yoga et tennis, à la politesse, au calme et à l’art… Des gens qui ont inventé le Faxe Kondi (sorte de Sprite), les plaques de chocolat pour le pain, les sandwichs au pain noir et saumon, la limonade de sureau… Tivoli ! Les gars, ils ont TI-VO-LI ! Des génies…

De l’art de se ridiculiser…

« Jayden contempla sa main, tout étonné, avant de la serrer, radieux.

  • Et comment ! Ah ça, tu ne le regretteras pas ! »

C’est à ce moment là que mon métro est arrivé à ma station et qu’il a fallu que j’en sorte. Je déteste arrêter ma lecture en pleine page et pire encore sur la page de gauche. Alors j’ai calculé que le temps de sortir de la station, j’avais le temps de finir une page et demie sans soucis.

J’ai donc continué ma lecture le temps de monter le premier escalator, puis de traverser la station (je le fais tellement souvent que je ne rencontre plus aucun obstacle) et de monter sur le second escalator, toujours plongée dans mon livre.

C’est là que j’ai entendu des rires un peu plus loin. J’ai alors levé les yeux vers le haut et vu 2 techniciens pliés de rire. L’escalator était en panne et ça faisait bien 3 lignes que je lisais, immobile sur ma marche.

« Il doit être rudement bien votre livre, ma petite dame ! »

Oui enfin avec tout ça, je n’ai toujours pas fini ma page…

Balade à St Joseph ou la rencontre entre la mégalomanie, la nostalgie et la poussière…

Mardi dernier, je suis allée faire un tour à St-Joseph. C’est une sorte (je dis bien sorte) de village figé dans le temps. Le truc, c’est qu’on ne sait pas quand il a été réellement figé. 1900 ? 1930 ? 1960 ? Déjà la brochure ne le sait pas elle-même. Et quand on tombe sur une affiche de 1976 avant de tomber sur une « invention du fondateur » datant des années 90, là on commence sérieusement à se demander ce qui se passe.

Le truc, c’est que ce « village » a été créé par Monsieur Megalo himself, Daniel Baclez. Et on y va : Daniel Baclez a fait ceci… Daniel Baclez a fait cela… Le chemin de croix (très kitsch) de Daniel Baclez… Daniel Baclez a rencontré untel… Cette oeuvre géniale qui a remporté un prix a été inventée par Daniel Baclez… Et si vous avez fermé les yeux sur toutes les étiquettes explicatives, les photos, etc… En sortant du village, vous passerez devant : l’atelier de Daniel Baclez.

C’est bon Danny, on sait que tu es là ! J’ai d’ailleurs eu beaucoup de difficultés à ne pas aller le voir pour prendre des nouvelles de son melon et de ses chevilles alors qu’il était là au bout de son chemin de croix, à tapoter ses petites brochures devant l’affiche : « Le chemin de ma vie » autobiographie de… Je vous le donne en mille : Daniel Baclez.

Une telle mégalomanie, ça force au respect cela dit…

Après, une fois passé sur la poussière environnante, le manque flagrant d’entretien (en dehors des espaces verts impeccables) ou de logique historique (on a Baclez son travail de recherches ? Oui, j’ai honte), l’omniprésence du « fondateur » (gloâre à lui)… La promenade reste très agréable : des points d’eau, de la végétation à foison, des petits ponts pour aller ici ou là, des énigmes pour les enfants auxquelles les adultes se prennent au jeu… Et un estaminet très agréable.

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C’est à mon tour d’être nostalgique de leur jus de pomme.